Enjeux environnementaux de la logistique du dernier kilomètre
La logistique du dernier kilomètre désigne l’ensemble des opérations liées à l’acheminement d’un colis ou d’une marchandise depuis un centre de distribution jusqu’au destinataire final, qu’il s’agisse d’un particulier, d’un commerce ou d’une institution. Avec l’essor du commerce en ligne, de la livraison de repas et des services à domicile, cette phase terminale de la chaîne logistique est devenue l’une des plus critiques en matière d’impact environnemental.
En milieu urbain, les tournées de livraison s’effectuent majoritairement avec des véhicules légers ou utilitaires fonctionnant aux carburants fossiles traditionnels (essence, diesel). Ces déplacements courts, fractionnés et fréquents entraînent :
- une forte émission de CO₂, contribuant directement au changement climatique ;
- la diffusion de polluants atmosphériques (NOx, particules fines) affectant la qualité de l’air ;
- une pollution sonore accrue, notamment lors des livraisons tôt le matin ou tard le soir ;
- une congestion du trafic urbain avec des conséquences économiques et sanitaires.
Dans ce contexte, le recours à des carburants écologiques pour les flottes urbaines apparaît comme un levier majeur pour réduire l’empreinte carbone, améliorer la qualité de l’air et répondre aux exigences réglementaires croissantes des collectivités.
Qu’entend-on par carburants écologiques pour la livraison urbaine ?
Les carburants écologiques se distinguent des carburants fossiles classiques par leur moindre impact environnemental sur l’ensemble de leur cycle de vie (production, distribution, utilisation). Dans le cadre de la logistique du dernier kilomètre, ils se déclinent en plusieurs catégories aux caractéristiques distinctes.
On peut citer notamment :
- Le biogaz (bioGNV), issu de la méthanisation de déchets organiques (déchets agricoles, agroalimentaires, boues de stations d’épuration), qui permet d’alimenter des véhicules au gaz naturel avec une empreinte carbone sensiblement réduite.
- Les biocarburants liquides (biodiesel de type FAME, HVO, bioéthanol), produits à partir de biomasse (huiles végétales, graisses animales, résidus agricoles) et pouvant être utilisés dans des moteurs thermiques adaptés.
- L’hydrogène « vert », généré par électrolyse de l’eau à partir d’électricité renouvelable, utilisé dans des piles à combustible produisant uniquement de la vapeur d’eau à l’échappement.
- L’électricité d’origine renouvelable, même si elle n’est pas à proprement parler un carburant au sens classique, joue un rôle clé via les véhicules électriques à batterie.
Dans un contexte urbain dense, ces énergies alternatives se combinent souvent à des solutions de mobilité douce (vélos-cargos, triporteurs électriques, piétons livreurs) pour optimiser les derniers mètres de la livraison.
Biogaz et bioGNV : une solution mature pour les flottes urbaines
Le biogaz, une fois épuré et porté aux mêmes spécifications que le gaz naturel, est appelé biométhane et peut être utilisé comme bioGNV (gaz naturel pour véhicules). Il présente un intérêt particulier pour les livraisons urbaines, notamment pour les flottes de véhicules utilitaires légers ou de petits poids lourds.
Les principaux atouts du bioGNV dans la logistique du dernier kilomètre sont les suivants :
- Réduction significative des émissions de gaz à effet de serre : en fonction de la filière de production, le biométhane peut présenter jusqu’à 80 à 90 % de réduction des émissions de CO₂ par rapport au diesel sur l’ensemble du cycle de vie.
- Amélioration de la qualité de l’air : les moteurs au gaz émettent beaucoup moins de NOx et quasiment pas de particules fines à l’échappement, ce qui est crucial dans les centres-villes denses.
- Réduction du bruit : les poids lourds et utilitaires au gaz sont nettement plus silencieux, ce qui facilite les livraisons tôt le matin ou de nuit sans gêner les riverains.
- Valorisation des déchets locaux : la production de biogaz s’appuie sur des ressources locales (déchets organiques, effluents) et s’inscrit dans une logique d’économie circulaire territoriale.
De nombreuses métropoles européennes encouragent déjà le développement de stations publiques ou privées de bioGNV, parfois en lien direct avec des centres de tri ou des stations d’épuration. Pour un opérateur de livraison, l’adoption d’une flotte au bioGNV permet souvent de respecter les restrictions des zones à faibles émissions (ZFE) tout en maîtrisant les coûts d’exploitation grâce à un carburant compétitif et relativement stable.
Biocarburants liquides : une transition rapide pour les flottes existantes
Les biocarburants liquides peuvent constituer une solution pragmatique pour verdir rapidement une flotte de livraison urbaine sans investir immédiatement dans de nouveaux véhicules ou de nouvelles infrastructures de ravitaillement.
Deux grandes familles de biocarburants sont particulièrement pertinentes :
- Les esters méthyliques d’acides gras (FAME), incorporés dans le gazole (B7, B10 ou B30) et compatibles avec de nombreux moteurs diesel récents.
- Les carburants de synthèse de type HVO (Hydrotreated Vegetable Oil), parfois appelés « diesel renouvelable », pouvant être utilisés en substitution complète du gazole fossile dans des moteurs adaptés.
Les avantages de ces biocarburants pour la livraison urbaine sont multiples :
- ils permettent une réduction immédiate des émissions de CO₂ sans modification profonde de la flotte ;
- ils sont distribués via les infrastructures existantes (stations-service, dépôts internes), ce qui limite les coûts de déploiement ;
- ils constituent une solution de transition vers des technologies plus avancées, comme le biogaz ou l’hydrogène.
L’enjeu principal réside dans la traçabilité et la durabilité des matières premières (éviter les biocarburants issus de cultures en concurrence avec l’alimentation, privilégier les huiles usagées, les résidus et coproduits) ainsi que dans la stabilité des approvisionnements.
Hydrogène et électromobilité : perspectives pour une livraison urbaine à très faibles émissions
Pour certaines applications de la logistique du dernier kilomètre, notamment les tournées denses avec de nombreux arrêts, les véhicules électriques à batterie se sont rapidement imposés comme une solution crédible. Silencieux, sans émissions locales et bénéficiant de coûts d’usage attractifs, ils sont particulièrement adaptés aux centres-villes restreints.
Toutefois, pour les tournées plus longues, les charges utiles importantes ou les besoins de continuité de service, l’hydrogène vert apparaît comme une alternative prometteuse :
- les véhicules hydrogène se ravitaillent en quelques minutes, ce qui limite les immobilisations ;
- l’autonomie est généralement supérieure à celle de nombreux véhicules électriques à batterie de capacité comparable ;
- les émissions locales se limitent à de la vapeur d’eau.
L’hydrogène reste néanmoins une technologie en cours de déploiement, avec des coûts d’infrastructure et de véhicules encore élevés. Pour les opérateurs de logistique urbaine, il est souvent pertinent d’envisager un mix énergétique combinant :
- véhicules électriques à batterie pour les tournées de proximité ;
- véhicules au biogaz ou au bioGNV pour les trajets urbains et périurbains plus étendus ;
- projets pilotes hydrogène sur certaines lignes structurantes ou pour des usages spécifiques.
Intégrer les carburants écologiques dans une stratégie globale de logistique urbaine durable
L’adoption de carburants écologiques ne peut être efficace que si elle s’inscrit dans une vision globale de la logistique urbaine, impliquant à la fois les transporteurs, les chargeurs, les collectivités locales et les citoyens.
Les acteurs soucieux de verdir la livraison du dernier kilomètre peuvent s’appuyer sur plusieurs leviers complémentaires :
- Optimisation des tournées grâce aux outils numériques : réduction des kilomètres parcourus, mutualisation des livraisons, limitation des trajets à vide.
- Organisation de hubs urbains ou de micro-dépôts en périphérie des centres-villes, permettant de massifier les flux amont avec des véhicules plus volumineux au biogaz ou au biodiesel, puis de réaliser la distribution fine avec des véhicules légers électriques ou des vélos-cargos.
- Partage d’infrastructures de recharge et de ravitaillement entre différents opérateurs afin de réduire les coûts et d’accélérer la montée en puissance des carburants alternatifs.
- Dialogue renforcé avec les collectivités pour anticiper les évolutions réglementaires (ZFE, restrictions horaires, normes d’émissions) et bénéficier de dispositifs d’accompagnement financier.
- Sensibilisation des clients finaux, particuliers et entreprises, à l’impact des choix de livraison (créneaux groupés, points relais, délais plus flexibles) sur l’empreinte carbone.
Retours d’expérience et cas pratiques en milieu urbain
Dans plusieurs grandes villes européennes, des transporteurs ont déjà amorcé la transition vers des carburants écologiques pour la livraison du dernier kilomètre.
On observe par exemple :
- des flottes de véhicules utilitaires légers fonctionnant au bioGNV pour la distribution de colis et de produits alimentaires, avec des stations de ravitaillement implantées à proximité des entrepôts urbains ;
- des compagnies de transport qui convertissent progressivement leurs camions de distribution intra-urbaine au HVO, afin de réduire leur empreinte carbone tout en continuant d’utiliser leurs moteurs diesel existants ;
- des services de livraison express qui reposent sur un maillage de vélos-cargos électriques et de petits utilitaires électriques, alimentés par de l’électricité d’origine renouvelable, depuis des micro-hubs situés au cœur des quartiers ;
- des expérimentations de camions hydrogène pour la distribution de marchandises dans des aires métropolitaines, en partenariat avec les autorités locales et les fournisseurs d’énergie.
Ces retours d’expérience montrent que la réussite de tels projets repose sur une préparation minutieuse : analyse fine des flux, choix des carburants adaptés à chaque type de tournée, formation des conducteurs, suivi des performances environnementales et économiques, et dialogue constant avec les parties prenantes locales.
Perspectives pour les particuliers, les professionnels et les institutions
La transition vers des carburants écologiques dans la logistique du dernier kilomètre ne concerne pas uniquement les transporteurs. Elle engage également :
- Les particuliers, via leurs choix de modes de livraison, leur acceptation de délais plus flexibles et leur préférence pour les opérateurs engagés dans une démarche de mobilité durable.
- Les entreprises et commerces, qui peuvent sélectionner des partenaires logistiques utilisant des carburants alternatifs, mutualiser leurs flux ou adapter leurs horaires de réception pour optimiser les tournées.
- Les institutions et collectivités, qui disposent de leviers réglementaires (ZFE, plans de déplacements, aides financières) et peuvent valoriser les démarches exemplaires via des labels ou des appels à projets.
À terme, l’association de carburants écologiques (biogaz, biocarburants avancés, hydrogène vert, électricité renouvelable) à une réorganisation intelligente des flux logistiques permettra de transformer en profondeur la livraison urbaine. La logistique du dernier kilomètre deviendra alors un vecteur d’innovation, de coopération territoriale et de réduction significative des impacts environnementaux, au bénéfice de la qualité de vie en ville.

